Abstract
Si Jevons est bien connu pour son analyse d’économie pure, ses contributions dans le domaine social le sont moins. Pourtant, du point de vue de l’histoire de la pensée économique, elles présentent un double intérêt : d’une part, elles témoignent de l’adhésion de Jevons à la philosophie utilitariste et, d’autre part, elles portent la marque de l’économie du bien-être naissante, tout en présentant une approche singulière du bien-être social qui fait clairement apparaître la possibilité d’une divergence entre le bien-être global et le bien-être économique.Dans cet article, nous nous proposons de reconstruire l’architecture globale de la position de Jevons relative à la « réforme sociale » : on présente d’abord le point de vue étroit que doit adopter l’économiste, tout en mettant en évidence les liens entre l’économie et la morale, à travers la mobilisation du calcul utilitariste benthamien (§. 1). Puis, dans le domaine de la législation, on montre que Jevons considère la nécessité d’abandonner un tel point de vue pour établir une sorte de calcul coût/avantage qui mobilise les différentes sciences permettant d’anticiper les conséquences d’une réforme : après en avoir détaillé la méthode (§. 2), on montre les conséquences d’une telle analyse qui conduit Jevons, en tant qu’économiste, à amender un certain nombre d’hypothèses qu’il avait posées dans le cadre de son économie pure (§. 3).JEL classification : B13, B3, D60, D63